Jours 7, 8 et 9


Angleterre / jeudi, juin 27th, 2019

Assise devant ma table à manger, je dégustais mon premier thé de la journée en regardant une vidéo sur mon téléphone. J était en train de se préparer dans la salle de bain lorsque le drame s’est produit.  Sans crier gare, Youtube n’a plus voulu charger le « Chit chat make-up » que je visionnais. Bien sûr, j’ai d’abord cru à un léger problème de connexion et j’ai attendu patiemment quelques minutes.  Et puis, le doute s’est insinué en moi. Afin de vérifier l’hypothèse qui se formait dans mon esprit, j’ai quitté la vidéo et j’ai lancé internet. Sans geste brusque, pour ne pas provoquer mon portable. Lettre après lettre, j’ai renseigné l’adresse du site qui héberge mes mails et, le coeur battant, j’ai cliqué sur « ok ». Là, tout s’est écroulé. 

Sur l’écran, une seule phrase s’affichait,« Aucune connexion détectée ». Quelques secondes après, je recevais un sms de mon opérateur, « Vous avez consommé l’intégralité de votre enveloppe web au sein de l’Union Européenne ».  Ne pas paniquer. J’allais, sans aucun doute, recevoir un autre sms me proposant de recharger mon abonnement de quelques gigas d’internet. Bien sûr que j’allais recevoir ce message puisque en France, lorsque cela m’arrivait, c’était le cas. 

Je fixais intensément mon téléphone, le conjurant de vibrer une nouvelle fois. Mais seul le silence m’a répondu. 

Il restait deux jours avant que nous recevions notre boxe internet. 

J’ai pris une grande inspiration et j’ai tout de suite envoyé des sms à ma famille et mes amis. « Je n’ai plus internet mais je suis vivante. Je vais m’en sortir, je vous le promets. » J m’a lancé avant de partir travailler : « Ce n’est pas grave, tu vas bien trouver à t’occuper. Tu pourrais vider tes cartons par exemple. » Vider mes cartons… Ne souffrais-je déjà pas assez dans cette situation? Devais-je, par dessus le marché, rendre notre habitation vivable en rangeant mes affaires clairsemé dans les différentes pièces ? 

S’en était trop pour moi. J’ai décidé de prendre les choses en main et de sortir mon arme ultime. D’abord faire chauffer la bouilloire, le thé serait mon allié dans ces heures sombres. Puis, me vêtir d’un plaid et m’affaler dans le canapé. Et enfin, relire pour la neuf cent soixante douzième fois Harry Potter. 

Le soir, ruminant de sombres pensées, je me demandais comment j’allais pouvoir continuer ainsi, coupée du monde. Le désespoir s’insinuait en moi. Ma bonne étoile, assistant à cette scène a dû me prendre en pitié. Etait-elle lassée de m’entendre geindre sans cesse ? Je ne le saurai jamais. Toujours est-il que j’ai reçu un message. Une proposition d’une des française rencontré le week-end précédent. Une invitation à manger avec elle et une de ses amies le lendemain midi. 

J’ai redressé la tête. Peut être que la fin n’était pas si proche après tout. 

Nous avons donc déjeuné ensemble et passé l’après-midi à esquiver les averses en faisant du lèche-vitrine. Afin de nous réchauffer, nous avons fini par nous installer dans un charmant salon de thé. Mon café est même arrivé avec une fleur dessinée dans la mousse de lait. 

C’était vraiment un bon moment. Bien évidemment, mon cerveau malicieux n’a pas pu s’empêcher de transformer cette joie en petit cafard. Rencontrer et apprendre à connaître de nouvelles personnes m’a fait réaliser à quel point mes amis et ma famille me manquaient. 

J’étais donc plus que sur les nerfs en me levant le lendemain. J’attendais avec impatience le livreur qui allait m’apporter le graal. 

J m’a annoncé, en regardant son téléphone : « Aïe, j’ai reçu un mail. La livraison ne se fera que lundi finalement » Lorsqu’il a levé les yeux de son écran, il s’est écrié: « C’est une blague, repose cette corde et ce tabouret immédiatement ! » Il a ensuite déguerpi quand il a vu que je le visais avec des couteaux. 

Je n’ai pas osé aller aux toilettes de la matinée, de peur que le livreur choisisse ce moment pour sonner.  Enfin, il est arrivé et j’ai eu la boxe dans les mains. Je le jure, elle brillait de milles feux entre mes paumes. 

J’allais enfin pouvoir me reconnecter à l’univers entier, prendre des nouvelles de tous et retrouver, au moins virtuellement, les phares de ma nuit. Mes étoiles du berger. Les caramels au beurre salé sur la crêpe qu’est ma vie. 

Hein ? Moi j’en fais des caisses ? 

2 réponses à « Jours 7, 8 et 9 »

  1. J adore!! J adore j adore!!! C’est tellement agréable à lire que je ne me lasse pas!
    Je n ai pas eu encore l occasion de te le dire mais je trouve ça tellement génial que vous soyez partis vivre en Angleterre! Tu vis mon rêve d ado inassouvi! Enjoy!!! ❤

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