Jour 1


Angleterre / jeudi, juin 20th, 2019

Le réveil a sonné. J’ai tâtonné dans la chambre d’hôtel, encore plongée dans l’obscurité, pour l’atteindre. La musique résonnait bien trop forte pour mes oreilles ensomeillées. Vite, l’éteindre.

Les gestes ont ensuite été automatiques: s’habiller, se coiffer, passer à la salle de bain. Et nous voilà parti. Ma soeur, mon neveu, ma valise et moi.

Nous avons traversées les allées si remplies la veille et qui, à cette heure, n’étais fréquentées que par quelques joggeurs matinaux et des agents de sécurité finissant leur service.

Une mélodie s’élevait déjà des hauts-parleurs du parc. À croire qu’ils ne les éteignent jamais.
On a esquissé quelques pas de danse, le sourire aux lèvres de se croire un instant seuls dans l’immensité de cet endroit.

Et puis, nous sommes arrivés à la gare. Là, ça grouillait de monde: employés arrivés à destination, familles prêtent à quitter les lieux, personnels de l’aéroport voisin, les yeux dans le vide.

Plus que dix minutes avant le départ. J’ai embrassé mon neveu, trop absorbé par son dessin-animé pour me remarquer.
J’ai embrassé ma soeur, en lui faisant promettre de ne pas m’oublier. On n’est jamais trop prudent.

J’ai lu dans ses yeux un « Tu peux le faire ! » et je suis montée dans le train.

Il n’y avait plus de place pour mettre ma valise dans le coin des bagages alors je suis restée entre deux wagons. Il était hors de question que je la laisse seule. Et qu’elle me laisse seule.  C’était ma compagne de route et je m’y suis accroché comme une moule à son rocher.

A la gare suivante, il a fallu passer les douanes. Merde, qu’est-ce que j’ai fait de mon passeport ? Ça marche la carte d’identité ? Oui ? Ouf !
Est-ce que tout le monde se sent coupable lorsque les yeux des agents transpercent les nôtres ?  Ou bien c’est juste moi ?

C’était encore pire à l’arrivée. Ils étaient parsemés tout le long du chemin menant jusqu’au hall principal. Je me suis sentie comme un mouton dans un troupeau, guidé par les chiens du berger.

Ça y est, me voilà à Londres.

J’avais prévu de profiter des cinq heures séparant mes correspondances pour me balader. Finalement, la peur m’a paralysée dans le hall de la gare. Même aller chercher un repas s’est transformé en épreuve. Devant le comptoir, mon coeur s’est mis à battre trop vite et ma langue est devenue lourde comme du plomb. Les mots étaient bien nets dans mon esprit mais ils refusaient de sortir. J’ai marmoné une phrase, rapidement.  Pourtant, j’ai compris lorsque le vendeur s’est adressé à moi. Et il a semblé comprendre mon charabia.

Je m’en suis tenu à ça pour ce premier contact humain, n’essayant même pas de demander une cuillère pour manger le yaourt que je venais d’acheter. C’est pas grave, manger c’est surfait.

Je suis sortie du magasin, un peu hagarde. À cet instant précis, j’ai enfin réalisé ce qui n’était qu’un concept ces dernières semaines : je venais vivre en Angleterre.

J’ai senti des larmes couler le long de mes joues. La scène devait être belle à voir : une jeune femme, accrochée à sa valise et son yaourt (sans cuillère), le visage bouffi de sanglots.

Heureusement, je me suis aussi rappelé que c’était sacrément chouette comme expérience.   Que c’était mon choix d’être ici.
J’ai senti un sourire pointer son nez au bout de mes lèvres.

L’après-midi a ensuite été spectateur de mes deux émotions, prenant le pas sur l’autre à tour de rôle.

J’ai grimpé dans le train menant à ma destination finale, Nottingham. Je me suis amusée à écouter les conversations des passagers entre eux, rassurée lorsque je les comprenais. J’ai été bercée par la campagne anglaise, émerveillée par certains cottages au loin, illuminés de guirlandes. J’ai ouvert de grand yeux lorsque un chariot de friandises, tiré par un jeune homme, à traversé mon wagon. Oui, comme dans le Poudlard Express !

A la gare, J m’attendait. J’étais soulagée et heureuse de le retrouver après quelques semaines loin l’un de l’autre.

En sortant du bâtiment, la météo anglaise m’a également accueillie, fidèle à sa réputation. Grise et humide. Mais qu’importe, j’étais bien trop excitée de suivre J sur le chemin de notre nouveau chez-nous.

Nous sommes arrivés devant le bâtiment en brique rouge et j’ai poussé la porte de l’appartement. J’ai enfin pu voir de mes propres yeux la moquette qui, finalement, n’est pas si désagréable. J’ai pu m’extasier devant les fenêtres à guillotine, si anglaises (appellez-moi Mme Cliché) et m’imaginer en train d’installer un peu de verdure sur leurs rebords. J’ai pu me projeter dans ce lieu et visualiser le resultat une fois que nos cartons seront déballés.

Ma première soirée ici a été ponctué de joie et de doute. Pour ma défense, c’est la première fois que je vais vivre ailleurs qu’en Bourgogne, alors j’essaie d’être indulgente avec moi-même. De me laisser le temps de m’habituer à la situation et profiter du moment.

Ah et quand même, high five à moi même pour n’avoir ni fumer, ni vapoter malgré cette journée chaotique par certains aspects !

Allez, see you soon.




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